Amour

Amour

« J’ai choisi d’avoir recours à une IVG. Je ne regrette pas cette décision. Mais je n’avais pas imaginé à quel point cette décision pouvait être douloureuse.

Une grossesse peut être quelque chose de bouleversant et de beau. Sentir son corps changer, savoir qu’une vie grandit en soi, commencer à imaginer, même lorsque l’on sait que cette grossesse ne continuera pas.

C’est une réalité difficile à expliquer : porter quelque chose que l’on trouve beau, tout en sachant que l’on va choisir d’y mettre fin.

Puis il y a eu mon corps. Les contractions. Le sang. La fatigue. La peur. Et puis ce moment où mon corps a expulsé cette grossesse et où j’ai vu ce petit corps qui était déjà là.

Cette image s’est imprimée en moi à jamais.

Et l’IVG ne s’arrête pas à cette journée. Les douleurs continuent, les saignements peuvent être importants et durer plusieurs jours.

Il faut continuer à vivre, travailler, parler, sourire parfois, alors que son corps et son esprit sont encore en train de traverser ce qui vient de se passer.

La douleur n’était pas seulement physique.

Dans ce mélange impossible à démêler : savoir que j’avais fait le bon choix pour moi et ressentir malgré tout une immense tristesse.

Pouvoir être soulagée et bouleversée.

Ne pas regretter et pourtant devoir faire un deuil.

Et cette douleur invisible peut rester là pendant des mois, des années, revenir sans prévenir, avec une date, une image, une pensée ou simplement un souvenir.

Il y a aussi le regard des autres. La honte parfois. Cette impression qu’il faudrait assumer son choix sans jamais montrer qu’il a pu faire mal. Comme si, puisque j’avais choisi, je n’avais plus le droit d’être triste.

J’ai aussi découvert que donner un prénom pouvait être jugé. Pourquoi donner un prénom à un enfant dont j’ai choisi de ne pas poursuivre la grossesse ? Pourquoi lui donner une place dans ma mémoire ?

Parce que ce prénom représente ce que j’ai vécu, ce que j’ai ressenti et cette existence que j’ai connue pendant quelques semaines.

Le fait d’avoir choisi l’IVG ne m’oblige pas à nier ce que cette grossesse a représenté pour moi.

C’est peut-être cela que je voudrais que l’on comprenne.

Choisir ne protège pas de la souffrance. Cela ne rend pas le corps moins douloureux, ni l’image moins difficile, ni le deuil moins réel.

Deux réalités peuvent exister en même temps : je ne regrette pas mon choix, et j’ai souffert de devoir le faire. »

A.

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