Combat

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« Je suis Yolande, 39 ans, en couple avec mon mari depuis 15 ans, heureuse maman de 4 enfants : Liséa, 17 ans, Nolan, 13 ans, Elohim, 4 ans… et puis y a Leila-Soann, celle par qui tout a commencé ! Celle grâce à qui je suis là aujourd’hui, celle par qui mon cœur s’est brisé en un milliard de morceaux, celle qui m’a convaincue d’accorder de l’intérêt à un sujet dont je n’avais jamais entendu le nom avant elle, le fameux deuil périnatal !

Ce 1er octobre, elle aurait eu 6 ans. Sans sa venue, je ne serais pas là ; sans son départ, Elohim ne serait pas là ! Alors je peux dire, sans aucune hésitation, que je suis de celles et ceux qui trouvent un sens à ce qui leur arrive, même dans leur plus grand malheur !

On est fin 2019 quand mon mari et moi décidons d’avoir notre dernier bébé. On le sait tous les deux, pas l’ombre d’un doute. Je ne suis pas encore enceinte, mais c’est une fille qui va nous rejoindre pour agrandir notre jolie famille !

Janvier 2020, le test est positif, cela fait même pas 3 semaines, et le bébé que je porte ne reste pas… Première fois que je suis confrontée à une interruption spontanée de grossesse, je ne comprends pas ce qui se passe, mon corps ne m’a jamais fait défaut, je tombe enceinte quand je le décide, et mes grossesses se déroulent bien… Je suis au travail quand ça arrive, je suis à ma caisse à grands frais, je sers des clients, et j’ai une espèce de contraction qui m’arrache les tripes. Je ne laisse rien entrevoir aux personnes en face de moi, j’attends qu’ils partent, ferme ma caisse, et monte aux toilettes. Nous sommes le 9 février 2020. Les saignements me rappelant cette triste perte dureront une bonne dizaine de jours.

Je décide avec mon mari de placer cette perte sous silence : tous mes proches savent que je suis enceinte, je ne veux pas revenir sur ça ! Je ferai donc passer ma prochaine grossesse pour celle-ci, aucune raison que ça ne marche pas !

Nous sommes début mars quand j’apprends que je suis enceinte depuis le 17 février. Je suis un peu anxieuse suite à ma perte de grossesse précédente, j’ai quelques saignements, je ne suis pas sereine, j’ai peur de perdre de nouveau le bébé que j’attends. Mon gynéco est catégorique : je m’inquiète pour rien, les saignements pendant la grossesse touchent environ 30 % des femmes, et puis la vie se charge de faire une sélection naturelle, une fausse couche, c’est normal (ce ne sont pas mes mots, mais du coup ça m’a pas mal rassurée !).

Comme nous le pressentions, c’est bel et bien une petite fille qui viendra compléter notre bonheur. Son nom, je le connais déjà depuis notre projet bébé : j’ai mélangé toutes les lettres de Liséa et de Nolan, leur petite sœur s’appellera donc Leila-Soann !

C’est lors de l’examen du deuxième trimestre que l’on remarque que le gynécologue qui nous suit n’a pas l’air à l’aise… Pourtant, il ne nous dira rien, si ce n’est qu’il nous envoie consulter sur Bordeaux pour s’assurer du bon déroulé de ma grossesse. On n’est pas vraiment inquiets, puis personne s’affole, les personnes censées nous contacter ne le feront pas… Du coup, on se dit que ça doit pas être si préoccupant ! Et pourtant !

C’est à la veille de mon huitième mois que nous apprenons que la moitié de ton cerveau ne s’est pas formé, on nous donne une grosse semaine pour décider de la suite… La terre s’est ouverte sous mes pieds… mais pas tout de suite. D’abord, j’essaie de trouver des solutions aux médecins que l’on voyait : « On pourrait envisager une opération », « Peut-être qu’à la naissance ce sera moins grave que ce que vous avez l’impression ». C’est bien cette première phase de déni ! Trop compliqué pour moi de sentir ma fille être si vive au creux de mon ventre et d’intégrer l’idée qu’elle ne pourrait mener aucune action motrice, ni même orale… Le professeur en génétique m’a dit : « Elle ne saura même pas que vous êtes sa maman. »

Bref… c’est donc le jeudi 1er octobre 2020 qu’à 10 h 30 a été commis l’acte, cet horrible, odieux et impensable acte, moi, la maman, de mon tout petit bébé, j’avais décidé que l’on ferait cesser de battre son cœur ! Je l’ai mise au monde ce jour-là, elle est arrivée sans vie à 20 h 30. J’ai été incapable de verser une seule larme. Après tout, si je ne pleurais pas, c’est que peut-être ce n’était pas si grave que ça. Après tout, elle était si chaude, si douce, son visage avait l’air si paisible. Je l’ai gardée des heures entières contre mon corps, ma chaleur maintenant la sienne, j’attendais son premier cri… j’espérais voir ses yeux s’ouvrir. Ses yeux dont je ne connaîtrais jamais la couleur !

Mais non, son petit corps était malheureusement bien une jolie enveloppe vide, elle n’était plus là… et voilà comment j’ai fait la plus cruelle des rencontres, celle qu’aucun parent n’imagine faire : j’ai rencontré la mort là où j’attendais la vie, me voilà entrée sur le long et sinueux chemin du deuil périnatal ! Un chemin où l’on apprend sur soi, de soi, et aussi beaucoup de ce petit être, que l’on est finalement la seule à avoir vraiment connu !

Le deuil périnatal, c’est la rivière à l’envers… tout perd son sens, tout perd son goût… et puis la vie, la vie qui continue, la vie qui semble apporter du nouveau, une toute autre dimension grâce à son si bref passage… »

Yolande

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